LA DÉMOCRATIE SUR SCENE

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La scène médiatique défragmente et détourne de leur sens originel les termes politiques. Les mots désignent tout et leur contraire : gauche, droite, libéralisme, démocratie, république. Les partis politiques mêlent ces termes en les distribuant comme on distribue des cartes de poker. La partie de poker se joue sur une scène de théâtre. Les acteurs échangent leurs costumes et traversent la scène. La traversée de la scène prime sur le script. Il n’y a même plus d’auteurs ni de script. Les acteurs évoluent à l’abri de toute évaluation. Les plus modestes d’entre eux veulent simplement traverser la scène théâtrale et les plus grands la scène de l’Histoire.

Les acteurs de la pièce se sont attribués tous les jokers et ont enchaîné le citoyen ordinaire à des frontières. Les termes sont enchaînés à leur histoire. Que signifie le terme « démocratie » dans un cadre de gouvernance moniste où le pouvoir est incarné par un seul homme ? Le pouvoir démocratique aurait dû investir une forme de pouvoir spécifique, en tous points différente au pouvoir individualisé des dictatures. La différence entre « démocratie » et « dictature » ne peut pas se réduire à une question d’éligibilité et de temporalité. La véritable question qui devrait structurer nos démocraties est la collégialité. Sans elle, nous réduisons la vie politique à un match de foot. Cet affrontement martial a profondément abîmé le sens originel de la démocratie inséparable d’une éthique de coopération et de la rotation. Le tirage au sort de la démocratie athénienne qui permettait une sélection aléatoire des noms, déterminée par les boules noires et les boules blanches du klèrôtèrion est la variante essentielle d’un véritable pouvoir qui fait progresser une nation au-delà des enjeux d’une carrière individuelle. Les gouvernements seront tôt ou tard obligés de revenir aux origines du concept avec une rotation des élus tirés au sort qui permettra à de nombreux citoyens de détenir pendant un temps une fonction politique et l’instauration d’une collégialité en osmose avec la collectivité.

La « République » est une forme de gouvernement chargée de tout sauver, la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, sauf le Réel. Pourquoi tant de Républiques ont un problème avec le réel ? Probablement parce que les Républiques sont des scènes de théâtre  où les citoyens grandissent à l’ombre de symboles qu’ils omettent de décomposer. En France, Le gouvernement représentatif de Siéyès était républicain pour ne pas être démocratique. Depuis l’idéal républicain prime sur la vie réelle des citoyens. Comme la laïcité. Un terme qui pour s’imposer a dû faire la guerre. Un mot inventé comme Mao inventa le Maoïsme ou Marx le marxisme. Les mots inventés donnent naissance à des idéologies. Il aurait suffit de parler de neutralité de l’État. La neutralité a l’avantage d’être un mot clair et sans ambiguïté. La neutralité n’aurait jamais eu la prétention de remplacer les anciennes bibles par celle de la laicité.

C’est peut-être cela la Tour de Babel, non pas un maelström de langues mais l’obligation de se soumettre à des termes malmenés qui déracinent la raison et épuisent la perception. Ces termes naissent d’une incapacité idéologique à accorder ce qui a été désaccordé ou séparé. Or tout ce qui se désaccorde devra être réaccordé. C’est le rôle de l’Histoire qui, un jour, lorsqu’elle cessera de réciter des faits de guerre, fera rayonner la paix. 

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